Bouboule, l'amie des hommes


Texte transmis par Myriam


La naissance de Bouboule

Eh voilà! Brusquement, je me vois obligée de quitter cette douce chaleur qui était ma compagne depuis deux mois pour me retrouver sur un amas de chiffons.
Heureusement, il me reste cette petite enveloppe de peau qui m'empêche certes de bouger mais qui, elle aussi me réchauffe et me protège des assauts de mes frères et sœurs. Mais là aussi, une déception m'attend, de tendres morsures, d'énergiques coups de langue et voici mon enveloppe déchirée, le cordon coupé!
Je suis entrée dans le monde des hommes, je fais partie d'une nichée de quatre petits chiots nés d'un amour de sentier.

Déjà mes frères et sœurs ont appris à chercher, dans la toison de ma mère la meilleure place, celle qui dispense la bienfaisante chaleur mais aussi celle qui offre ce délicieux liquide nourricier qu'est le lait. Maintenant, il faut que je me batte, que je défende ma place au soleil. Quand nous ne nous disputons pas les faveurs de notre mère, nous sommes bien heureux de nous serrer les uns contre les autres pour nous reposer et digérer. Ma mère, qui se retrouve brusquement à la tête d'une famille nombreuse, profite de ces instants pour s'échapper et retourner dans le monde des humains. Peu après ma naissance, bien rassasiée, je décide d'explorer ma nouvelle terre d'accueil. Je dois avouer que mes yeux obstinément fermés ne facilitent pas ma tâche et que c'est à tâtons que je m'aventure dans cette entreprise. Elle est de courte durée car brusquement, je me sens soulevée et transportée par de puissants crocs et délicatement ma mère me fait réintégrer le domicile maternel que les hommes appellent un panier. Durant quelques jours je me le tiens pour dit et je ne m'aventure plus au-delà des limites de ce domaine. Ma petite vie se déroule désormais entre les têtées et les siestes.

Mais un événement important survient dans ma petite enfance, je sors des ténèbres dans lesquels je vivotais pour être éblouie par la lumière du jour. Mes yeux se sont ouverts!
Si cette clarté m'impressionne et me fait encore vaciller sur mes petites pattes, je comprends vite les avantages que cela peut comporter. Enfin, je puis franchir mes premiers pas vers l'indépendance, faire réellement connaissance avec ma petite famille et puis surtout explorer mon nouvel univers sans trop tâtonner. Petit à petit, nous sommes capables de nous taquiner, de nous mordiller et de jouer pendant de longs instants. Ma mère relâche d’ailleurs son attention, nous quitte de plus en plus souvent et nous nous en donnons à cœur joie!

La naissance de Bouboule

Si la taille de ma mère me semble bien impressionnante, celle des humains qui allaient bientôt devenir ce que l'on appelle des maîtres, me terrifie. Ces géants à deux pattes sont capables de nous porter à une hauteur vertigineuse, de nous tenir au creux de leurs seules mains! A mon grand étonnement, ma mère ne semble pas les craindre, au contraire, à leur approche, elle nous quitte et s'élance joyeusement à leur rencontre , manifeste la joie la plus vive et leur fait la fête. Où puise-t-elle ce courage alors que nous n'avons pas assez de nos petits yeux tout nouvellement ouverts pour les regarder, tellement ils sont grands? Tour à tour, nous passons dans leurs mains et si notre cœur bat un peu plus vite, si nous sommes soulagés quand ils nous déposent à nouveau dans notre panier, nous n'en n'éprouvons pas moins un réel sentiment de fierté car nous aussi, comme notre mère, nous avons pu voir les humains de plus près. L'un d'eux se montre nettement moins terrifiant. La vertigineuse ascension à laquelle nous avons droit d'habitude se transforme parfois un en petit voyage à hauteur des genoux, ce qui nous permet de trottiner un peu et de mieux éclaircir ce mystère que représente pour nous un humain. De plus, si l'un de ces humains émet des sons qui font vibrer nos tympans, l'autre sait adoucir sa voix, émettre de légers sons agrémentés de caresses du bout des doigts infiniment plus doux que les coups de langue .énergiques dont nous gratifie notre mère. Moi, je finis par prendre plaisir à ces effusions, à attendre l'instant durant lequel je pourrais me nicher au creux de son cou, de mordiller ses oreilles, ce qui provoquerait inévitablement une caresse ou un doux frôlement de ses cheveux sur ma tête. Je découvre que mieux que ma mère, elle sait me cajoler, me flatter, me prodiguer toute sa tendresse. Une grand amitié s'ébauche entre elle et moi. Mais je remarque bien vite que mes frères et sœurs ont droit aux mêmes attentions et plus particulièrement ma petite sœur Tania. Elle est bien mignonne et fragile, cette petite sœur ! Puisque je ne réunis pas ces qualités, je comprends bien vite qu'il me faut trouver un moyen d'attirer l'attention sur moi et je fais ma première tentative. Dès que la porte s'ouvre, je m'élance joyeusement vers les maîtres et je m'accroche à leurs jambes jusqu'à ce qu'ils me prennent dans leurs bras. Mes frères et sœurs ne tardent pas à m'imiter, à mon plus grand désappointement, mais je veux garder la première place, gagner la bataille et je décide de rester en faction derrière la porte aussi souvent que possible. Ainsi dès leur approche, je suis la première à les accueillir. Le résultat ne se fait pas tellement attendre, maintenant, avant les autres les séjours dans les bras de mes maîtres se prolongent chaque jour d'avantage. Qu'il est donc doux et agréable le contact avec les humains et si j'apprécie encore beaucoup les jeux auxquels je participe avec mes sœurs, les instants passés avec les humains me deviennent de plus en plus nécessaires et précieux. Enfin, le moment le plus décisif de ma vie est arrivé, on passe un collier à mon cou, comme ma mère.

Je m'appelle Bouboule, mes maîtres Francis et Céline. J'ai tout fait pour être le chien de la maison et j'ai réussi! Maintenant que je suis devenue un membre de la famille, j'ai droit à des égards particuliers. Quand ma mère nous quitte, Céline ne tarde pas à venir me chercher et à m'emmener dans la maison, elle me prend sur ses genoux pendant des heures et je ne bouge pas pour prolonger ces merveilleux instants. Désormais, j'accompagne ma mère et Céline dans leurs promenades quotidiennes. Bien sûr, ces vastes étendues que forment les prairies, ces rubans gris que l'on appelle des routes, ces herbes qui forment un épais rideau vert devant mes yeux, ces arbres immenses qui projettent des ombres gigantesques sur mon chemin m'effrayent et me fatiguent bien vite. Si ma mère ne se préoccupe pas de mes peurs, Céline ne tarde pas à me prendre dans ses bras et ainsi je puis découvrir mon nouveau territoire sous sa bienfaisante protection. Ces expéditions me fatiguent beaucoup et dès mon retour, je m'endors d'un sommeil profond et réparateur. Quand à mon réveil je constate l'absence de Jenny, ma mère, je pousse des petits cris et bien souvent, c'est Céline qui répond à mes appels. Ainsi donc, il suffit de mettre cette découverte à profit, de pleurer un peu, pour que ses visites deviennent plus fréquentes ou même pour bénéficier du privilège de monter dans sa demeure !Bientôt, mes frères et sœurs ne tardent pas à m'imiter et c'est au pied des escaliers que nous menons notre petit chambard. Mais tout cela n'est pas du goût de Francis. En effet, je ne tarde pas à comprendre le sens des mots discipline et obéissance. Quand nous devenons trop bruyants, Francis descend, armé d'un journal dont le froissement nous terrifie et nous chasse bien vite dans notre panier. Dans ce même souci de discipline, j'apprends à mes dépens que la satisfaction de mes besoins naturels ne peut s'effectuer selon ma fantaisie. Quand cela se produit, et c'est fréquent, on me met invariablement le museau dans mes productions, tout cela agrémenté d'une bonne fessée. Je constate que si mes sœurs subissent le même traitement, il est épargné à Jenny. Bien au contraire quand elle s'oublie dehors, dans l'herbe, on la félicite. Je décide d'en faire autant et on me gratifie de chaleureuses félicitations. Mais souvent, un tel sentiment de liberté m'envahit quand je me trouve dehors que j'en oublie mon devoir de chienne propre et bien élevée. Et à chaque fois, je me vois brutalement ramenée à la réalité. Même Céline qui sait se montrer si douce, est intransigeante sur ce point. Durant quelques jours, beaucoup de gens envahissent mon petit domaine. Ces inconnus nous prennent, nous examinent, hésitent, bref, ils font leur choix parmi la nichée. C'est avec effroi que je me demande si moi aussi, on ne va pas me choisir, m'enlever à ma mère, me ravir à l'affection de Francis et Céline. Ma petite sœur Tania part la première et elle a beaucoup de chance car c'est une famille qui adore les animaux qui va l'accueillir. J'ai eu l'occasion de la revoir quelques fois, si elle est restée la plus petite d'entre nous, elle n'en est pas moins devenue la plus jolie. Mon frère et ma sœur eux aussi ont été adoptés par de bien braves gens et ont eu l'avantage de ne pas être séparés. Une des premières pages de ma petite enfance est tournée, je ne fais plus partie d'une nichée de bébés chiens, je suis devenue la chienne de la maison.

La petite enfance de Bouboule

Désormais je vis la plupart de mes journées dans la maison de Francis et Céline et je partage leur vie de tous les jours. Pour combler mon instinct de « jouette », il ne me reste que Jenny. Si ma place au foyer est acquise, encore faut-il conserver et entretenir cette nouvelle amitié qui me lie à Francis ~ Céline. Leur affection, leur présence m'est devenue tellement nécessaire que je ne cesse de leur faire des démonstrations de ma joie d'être auprès d'eux. Quand ils viennent me réveiller le matin, j'accours, je saute pour mendier une caresse avant Jenny. Cette attitude finit d’ailleurs par irriter celle-ci, à la rendre jalouse mais et je constate bien vite que la préférence de Francis et Céline penche pour moi. Francis est plus avare en marques d'affection, plus sévère et plus intransigeant sur bien des points mais il m'apporte ma ration quotidienne de jeux, de courses folles et d'aventures. Je suis inlassable sur ce point et quand il veut m'abandonner, je vais bien vite lui lécher les oreilles, le cou pour qu'il s'occupe à nouveau de moi. Parfois, j'obtiens gain de cause, d'autres fois je vais tenter ma chance chez Céline et quand ils demandent grâce tous les deux, il me reste Jenny. J'ai neuf mois maintenant et Francis et Céline m'ont joué un bien vilain tour. Ils décident de partir en vacances sans m'emmener avec eux! Un soir, ils me conduisent dans une autre maison, chez des amis que je connais certes, mais je crie quand même toute ma détresse quand ils partent sans moi. Si, au début de séjour, je fais la grève de la faim, je ne tarde pas à me laisser dorloter. Pour être gâtée, je le suis, les meilleurs mets me sont présentés, les promenades sont plus fréquentes et puis, quel privilège, j'ai le droit de dormir dans le lit de mes nouveaux maîtres ! Comme je les aime ces amis, comme ils sont attentionnés! Chez eux, je suis la petite princesse du foyer et de plus, tout est permis. Quand Claudine, ma nouvelle petite maîtresse me quitte pour quelques instants, je pleure à l'idée qu'elle ne m'abandonne, elle aussi. Deux semaines dorées passent et un soir, Claudine et Arnold m'emmènent dans une maison qui évoque bien quelques souvenirs en moi, mais très vagues. Ses habitants semblent particulièrement heureux et émus de me revoir. De mon côté, je me contente d'un petit bonjour tiède et poli. Mais forte de mes petites habitudes, je ne quitte pas Claudine et quand elle fait mine de partir, je veux la suivre. A mon grand désappointement, et au prix de quelques larmes discrètement effacées pour Claudine, on me tient fermement et je dois rester. Il me faut quelques jours et une nouvelle grève de la faim pour réaliser que je suis à nouveau chez moi, auprès de Francis et Céline. Quelle cruelle déception je leur ai infligée, que de ne pas les reconnaître! Mais une autre surprise m'attend. Jenny me défend maintenant l'accès de notre cave. Toute tentative d'approche de ma part est sanctionnée par de violents grognements, par des menaces voire même des coups de dents. Je saisis bientôt la raison de cette attitude, je suis maintenant l'aînée de nouveaux frères et sœurs. Très rapidement, l'attitude de Jenny change, se contente seulement de nourrir sa nouvelle nichée, sans plus. Moi, cela me permet d'exercer mes talents de mère attentionnée, d'apporter à mes frères et sœurs tout ce que Jenny leur refuse. Je leur voue une grande affection, leur donne tous les soins nécessaires et trouve, par la même occasion de nouveaux compagnons de jeux. Je veille fidèlement sur ma petite tribu, surveille leurs premiers ébats dans l'herbe et les aide à manger leurs premiers repas solides. Quel plaisir de les voir réunis autour de mon assiette, et de les voir manger bien maladroitement encore. Si moi je leur accorde bien volontiers cette permission, il n'en est pas de même pour Jenny qui ne supporte même pas de voir l'un de ses propres rejetons approcher de son assiette, ce qui lui vaut d’ailleurs de bonnes corrections de la part de Francis. Mon comportement à l'égard de la nouvelle nichée ne fait qu'augmenter l'estime que me portent Francis et Céline. Comme les autres, mes frères et sœurs ne tardent pas à quitter la maison. Je revois souvent César, mon frère qui est devenu, après moi, le prince de la maison, chez Claudine et Arnold. Ma petite vie se déroule sans grand événement, entrecoupée de quelques sorties en voiture avec Francis et Céline. Ensuite, la jalousie entre dans ma vie.

Bouboule et le petit homme

En effet, Céline déserte la maison durant quelques jours et c'est avec une joie indescriptible que je salue son retour. Cette fois je l'ai reconnue et lui fait une vraie fête. Mais chose bizarre, elle ramène avec elle un petit homme qui prend très rapidement une grande place dans la maison. Tout ceux qui viennent chez nous et qui avaient l'habitude de nous gratifier de nombreuses caresses se penchent toujours sur le berceau du bébé, sans nous regarder. Céline, elle passe beaucoup de temps avec lui et à mon grand désappointement le prend très souvent sur ses genoux pour le nourrir. Jenny et mois sommes désespérées de voir à quel point ce petit homme nous vole l'affection de Céline. Si Jenny manifeste sa déception par de nombreuses colères, par des grognements et par une indifférence totale vis-à-vis du bébé, moi je mets tout en oeuvre pour reconquérir l'affection de Céline. Je commence par l'implorer du regard chaque fois qu'elle s'occupe du bébé, quand je n'obtiens pas de résultat, je saute sur ses genoux et je tente d'y trouver encore un peu de place à partager avec le petit d'homme. Il m'arrive de me faire rabrouer mais je comprends bien vite que tout n'est pas perdu, je dois apprendre à partager, c'est tout ! Je finis par comprendre que si ce petit bout d'homme tient une grande place dans la famille, moi je lui trouverais une place dans mon coeur de chien fidèle.

Quelques bonbons glissés dans la petite main du bébé à mon intention, l'aide de Céline qui me consacrait les instants durant lesquels le bébé dort, le privilège de pouvoir dormir dans le lit de mes maîtres de temps à autre, l'autorisation de partager tous les événements de la journée même les moments d'intimité d'une mère et de son enfant, la sensation de ne pas être exclue, les promenades durant- lesquelles Céline ne se consacre qu'à moi seule, tout cela ma facilite bien la tâche. Et puis, Céline ne nous quitte plus que très rarement, elle ne vas plus travailler, durant toute la journée, je suis avec elle. Jenny quant à elle, s'isole de plus en plus souvent, ne se manifeste plus que pour manger ou se coucher sur les divans. Elle passe des heures couchée dans les escaliers et ne répond à aucune tentative de conciliation de Francis et Céline. Pour moi, le divan, cela représente la douce présence de mes maîtres, leurs caresses. Le soir tout particulièrement, quand j'ai accompagné Céline pour le coucher du bébé, est un moment privilégié. Il n'y a plus personne entre nous, nous sommes tous les deux et je reste près d'elle, sans bouger, pendant des heures. Une fois de plus, ma gentillesse vis-à-vis du bébé me vaut un surcroît d'estime de la part de Francis et Céline. Je puis d’ailleurs constater que l'attitude inverse de Jenny lui vaut de plus en plus de scènes, de brimades et de punitions. Ses grognements à l'approche bien innocente du bébé provoquent toujours la colère de Francis. Au contraire, mes petits coups de langue au bébé me valent des félicitations et des caresses. Un jour, Francis emmène Jenny en promenade sans m'inviter, il revient assez rapidement mais Jenny ne l'accompagne pas. J'ai beau chercher partout, je ne la trouve pas et elle n'est jamais plus revenue. Si je me sens bien seule quand je dois faire un petit séjour au jardin, si je n'ai plus personne avec qui faire la course durant mes promenades, le calme est revenu dans la maison. La tristesse d’ Céline provoque en elle un regain d'affection pour moi. Je suis maintenant le seul animal qui lui reste, auquel elle peut demander toute l'amitié et la fidélité auxquelles elle aspire. Le bébé lui, grandit, il atteint maintenant ma hauteur, comme moi, il marche à quatre pattes. Si parfois ses petites menottes maladroites me privent de quelques poils l'intervention juste et bonne d’ Céline me sauve. Quand l'innocente cruauté du bébé dépasse certaines limites, je m'en vais tout simplement. Il devient bientôt un bien gentil compagnon de jeux .Il se déplace maintenant comme ses parents et nous nous amusons bien souvent à nous courir après. Nous nous roulons par terre tous les deux, je le mordille, il me tire les oreilles. Et puis, il a une quantité de choses agréables à mordiller, à faire rouler par terre que l'on appelle des jouets. Moi aussi, je lui prête volontiers mon jouet préféré. Un peu plus tard, il nous arrive même de partager nos repas. Si le petit d’homme me donne toujours un morceau de tartine, de viande ou même de bonbon, je ne lui refuse jamais l'accès à ma pâtée, même mon os préféré, je veux bien lui prêter. Et bientôt, comme mes deux autres maîtres, ce petit bout d'homme apprend à me manifester son affection par des caresses, un peu maladroites certes, mais ressemblant quand même à celles de Francis et Céline.

Si ces caresses se transforment parfois en tiraillement d'oreilles et autres supplices du même genre, Céline me prend sous se protection.

La dernière promenade de Bouboule

Quand le petit a terminé sa sieste, je n'ai de cesse de décider Céline à faire une promenade. Il me faut bien insister bruyamment de temps à autre mais souvent, nous nous en allons tous les trois. Je suis folle de joie, cent fois je parcours le chemin, je reviens quémander une caresse, donner un petit coup de langue puis je repars vers l'aventure, flairer la bonne odeur des prés, des feuilles sur le chemin, le passage de chiens du voisinage. Je cours de tout mon saoul , je me défoule, je poursuis tout ce que je vois, même les oiseaux dans le ciel. Un grand chien ne m'effraye pas, ces grands semblent bien craindre les aboiements agressifs de ma petite personne. Ce que j'apprécie tout particulièrement, c'est de me mesurer avec les voitures. Ces monstres d'acier osent se déplacer plus vite que moi! Souvent, à ma seule vue, ils s'arrêtent pile .Céline ne manque pas alors de crier et de me corriger. Je n'ai jamais compris pourquoi et pour mon plus grand malheur cette incompréhension m'a perdue.

Un jour, je suis sortie de la maison, attirée par l'odeur des prés, par la perspective de joyeuses gambades dans les bois. Je n'ai pas vu arriver le monstre d'acier rouge. Il était trop grand et trop fort, j'étais trop insouciante et trop fragile...

La douleur a été fulgurante à tel point que j'ai mordu la main secourable que me tendais Céline, je l'ai blessée, égarée par la douleur! Je me suis retrouvée sur une couverture, au pied de mon arbre préféré, devant la maison, entourée d'inconnus. Céline ne cessait d'aller et de venir, ensuite elle m'a emmenée, tout en douceur, dispensant de rassurantes paroles, de douces caresses. Un homme en blanc m'a regardée, lui a parlé et elle a brusquement versé de grosses larmes en prononçant mon nom, sans arrêt, puis elle est sortie.

Toi la verte prairie que je parcourais joyeusement, tu m'abrites désormais pour la plus grande tristesse de ceux qui m'aimaient. Je n'avais pas encore atteint l'âge de 3 ans.

mars 1982

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