King Charles Spaniel

Standard FCI Nº 128

Origine
Grande-Bretagne
Traduction
Valérie Degeeter / Version originale : (EN)
Groupe
Groupe 9 Chiens d'agrément et de compagnie
Section
Section 7 Epagneuls anglais d'agrément
Epreuve
Sans épreuve de travail
Reconnaissance à titre définitif par la FCI
lundi 03 janvier 1955
Publication du standard officiel en vigueur
mardi 27 juillet 2021
Dernière mise à jour
mardi 24 août 2021
In English, this breed is said
King Charles Spaniel
Auf Deutsch, heißt diese Rasse
King Charles Spaniel
En español, esta raza se dice
King Charles Spaniel
In het Nederlands, wordt dit ras gezegd
King Charles Spaniel

Utilisation

Chien de compagnie et d'agrément.

Bref aperçu historique

Visiblement appartenant à la même famille que l’Epagneul Cavalier King Charles, il est connu en tant que English Toy Spaniel (note de la traductrice : Epagneul Toy anglais) dans certains pays. Il doit son nom au chien favori du Roi Charles II. On a longtemps aimé les épagneuls toy en tant que chiens de famille en Angleterre et sur le continent. Des races setter qui sont à la base des épagneuls, on a sélectionné des chiens de plus en plus petits. En général ces chiens étaient des petits chiens de chasse, gâtés par des propriétaires riches, recherchés pour leur compagnie et croisés avec des chiens d’agrément venant de l’Est, ce qui leur a donné une face retroussée.

Aspect général

Raffiné, compact, cob.

Comportement / caractère

Epagneul d’agrément heureux de vivre, intelligent, tête caractéristique en dôme. Réservé, doux et affectueux.

Tête

Région crânienne

Crâne
Assez volumineux par rapport à la taille, bien en dôme, bien rempli dans la région sus-orbitaire. 
Stop
Bien marqué entre le crâne et le nez.

Région faciale

Truffe
Noire, narines grandes et bien ouvertes, le nez est très court et retroussé dans la direction du crâne.
Museau
Carré, large et haut, bien retroussé.
Lèvres
Parfaitement jointives, ce qui donne une belle impression de fini.
Mâchoires et dents
La mâchoire inférieure est large et marque un léger prognathisme inférieur. La langue qui sort de la bouche est un grave défaut.
Joues
Elles ne sont pas tombantes sous les yeux, mais sont bien remplies.
Yeux
Plutôt grands et sombres, bien écartés. Paupières bien d'équerre par rapport à l'axe de la face. Expression agréable.
Oreilles
Attachées bas, elles pendent tout à fait à plat contre les joues, elles sont très longues et bien frangées.

Cou

De longueur moyenne, son profil galbé donne à la tête un port fier.

Corps

Dos
Court et droit.
Poitrine
Large et bien descendue.

Queue

Auparavant la caudectomie était facultative.
Queue coupée : Bien frangée, elle n'est pas portée sur le dos ni au-dessus de la ligne du dos.
Queue non coupée : Bien frangée, elle n’est pas portée sur le dos ni au-dessus de la ligne du dos. Elle est proportionnée au reste du corps.
La queue naturellement courte (anoure) et la queue nouée sont tolérées.

Membres

Membres antérieurs

Epaules
Bien obliques.
Coudes
Contre la cage thoracique, tournés ni en dedans ni en dehors.
Avant-bras
Membres antérieurs courts et droits.
Métacarpe
Ferme.

Membres postérieurs

Généralités
Suffisamment musclés pour donner une impulsion énergique.
Grassets
Bien angulés.
Jarret
Bien descendus et bien dessinés.
Métatarse
D’aplomb, ne tournant ni en dedans ni en dehors.

Pieds

Compacts, pourvus de bons coussinets et bien frangés; doigts pourvus de bonnes jointures ; pieds ronds de chat, aux bons coussinets digitaux. Il arrive que le coussinet central et les ongles soient soudés.

Allures

Allures dégagées, actives et élégantes, l’arrière-main donnant l’impulsion. La qualité du mouvement est hautement souhaitable.

Robe

Qualité du poil
Long, soyeux et droit. Une légère ondulation est admise. Le poil n’est jamais bouclé. Les membres, les oreilles et la queue portent des franges abondantes.
Couleur du poil
• Noir et feu : Noir intense et luisant avec des taches feu et acajou brillant sur le museau, les membres, la poitrine, la face interne des oreilles et sous la queue. Petites taches feu au-dessus des yeux. Une marque blanche sur le poitrail n’est pas admise.
• Tricolore : Fond d’un blanc perle avec des taches noires bien réparties et des taches d’un feu brillant sur les joues, la face interne des oreilles et sous la queue. Petites taches feu au-dessus des yeux. Large liste blanche entre les yeux et pelote blanche en tête.
• Blenheim : Fond blanc perle et marques d’un rouge châtain bien réparties. Large pelote blanche bien nette avec, au centre du crâne, la “pastille” qui doit être une marque nette d’un rouge châtain de la taille d’un penny (de la taille d’une pièce d’un franc français).
• Ruby : Unicolore, d’un rouge châtain intense. Une marque blanche sur le poitrail est un grave défaut.

Taille et poids

Hauteur au garrot
De 3,6 kg à 6,3 kg.

Défauts

• Tout écart par rapport à ce qui précède doit être considéré comme un défaut qui sera pénalisé en fonction de sa gravité et de ses conséquences sur la santé et le bien-être du chien et sa capacité à accomplir son travail traditionnel.
• Les défauts doivent être listés en fonction de leur gravité.

Défauts entrainant l’exclusion

 Chien agressif ou peureux.

NB :

• Tout chien présentant de façon évidente des anomalies d'ordre physique ou comportemental sera disqualifié.
• Les défauts mentionnés ci-dessus, lorsqu'ils surviennent à un degré très marqué ou fréquent, sont éliminatoires.
• Les mâles doivent avoir deux testicules d'aspect normal complètement descendus dans le scrotum.
• Seuls les chiens sains et capables d’accomplir les fonctions pour lesquelles ils ont été sélectionnés, et dont la morphologie est typique de la race, peuvent être utilisés pour la reproduction.

Bibliographie

http://www.fci.be/

Historique détaillé

Le King Charles Spaniel est un petit chien, mais non un chien miniaturisé. Elégante, raffinée, son apparence reste néanmoins ramassée, solide et quelque peu sportive. Voilà bien un Epagneul d'agrément à la mode britannique.

En premier lieu, il s'agit donc d'un Epagneul, c'est-à-dire que, en remontant dans son arbre généalogique, on trouve l'Epagneul de chasse, dont l'origine, elle-même, est passablement confuse et fait l'objet de diverses théories à vrai dire peu satisfaisantes. Ainsi, l'Epagneul pourrait revendiquer l'Espagne comme terroir originel, bien qu'il n'ait rien d'un Méditerranéen, ou bien être un chien qui « s'Espagne » ;- qui s'aplatit, en vieux français ; ce qui est crédible eu égard au vocable français, mais ce qui l'est moins quant à sa dénomination anglaise, « Spaniel ».

Si l'on en croit les spécialistes du Welsh Springer Spaniel, le Spaniel aurait déjà été connu il y a fort longtemps dans les îles Britanniques, car il serait évoqué par le chef gallois Hywell Dda (ou Howell le Grand), dans un texte du Xe siècle. Quoi qu'il en soit, les Spaniels sont installés en Grande-Bretagne depuis au moins la fin du XIVe siècle, puisque Edouard de Langley (v. 1373 - 1415), le maître des chiens et des chasses d'Henry IV d'Angleterre, les cite dans son Mayster of Game. Et, à la même époque, est-il meilleure référence que Geoffrey Chaucer, ce poète réputé pour sa contribution à la fixation de la langue anglaise? Assurément, le Spaniel doit être considéré comme une possession britannique.

Quelques lustres ; deux siècles tout au plus ; seront nécessaires pour que le Spaniel de chasse puisse se transformer en Spaniel d'agrément, selon un processus tout à fait logique, quand on sait qu'il n'existe guère d'autres chiens plus affectueux, plus dociles que les Epagneuls. En effet, en 1570, Johannes Caius, le spécialiste du moment en matière de races britanniques, dit qu'il existe des « gentils Spaniels » d'autant plus appréciés qu'ils sont de plus petite taille, pouvant ainsi se nicher « dans le giron des nobles dames » dont ils sont les « réconforteurs », selon l:expression du savant docteur, médecin de la reine Elisabeth Ire.

Si le Spaniel de compagnie est présent à la cour d'Angleterre, il l'est tout autant auprès de la grande rivale écossaise d'Elisabeth, Marie Stuart : lorsqu'elle sera menée sur l'échafaud, en 1587, on découvrira sous ses jupes un de ses petits Spaniels. La reine d'Ecosse transmettra son goût pour ce genre de chiens à toute la lignée des Stuarts, les deux Jacques (Jacques 1er, qui régna sur l'Angleterre entre 1603 et 1625, et Jacques II, qui régna de 1685 à 1688) et les deux Charles (Charles 1er, roi d'Angleterre de 1625 à 1649, et Charles II, qui le fut de 1660 à 1685). Deux des Spaniels de Charles 1er, qui finit aussi sur l'échafaud, ont eu le privilège d'entrer dans l'Histoire : Haleine Douce et Cœur Gentil, dit-on, furent promenés à travers tout Londres après l'exécution de leur maître. Ce n'est pourtant pas cet infortuné roi qui donna son nom aux petits Spaniels d'agrément, mais son fils Charles II, que les chroniques (et notamment celle de Samuel Pepys) dépeignent, non sans acrimonie, comme au moins autant préoccupé de ses petits chiens que de son métier de roi.

En héritage de Marie, qui fut reine de France en 1659, lorsqu'elle épousa François II, les Stuarts ont également reçu une amitié durable pour notre pays. Les excellents rapports qu'ils ont entretenus avec la France n'ont pas été sans importance lors des vicissitudes que plusieurs d'entre eux ont connues, mais surtout, ici, ces relations permettent de suggérer un lien entre les petits Spaniels anglais et les Epagneuls Nains Continentaux. D'ailleurs, s'ils forment aujourd'hui des races tout à fait différentes, ces chiens étaient beaucoup plus proches aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, à tel point que certains chiens anglais représentés pourraient passer pour des Continentaux et inversement. Ainsi, le chien qui figure aux pieds de la reine Charlotte d'Angleterre, dans le tableau peint par Benjamin West en 1779, pourrait être un Epagneul phalène; alors que celui qu'a montré Giuseppe Maria Crespi au début du XVIIIe siècle évoque de façon frappante un King Charles.

Il est vrai que ces petits Epagneuls voyageaient beaucoup : ils étaient rares et donc très recherchés, aussi ils constituaient des cadeaux très appréciés. Si on les trouve en Italie, dans les Flandres, en France, pourquoi n'auraient-ils pas traversé la Manche, notamment sous le règne des Stuarts, qui favorisa les échanges avec le Continent?

En fait, le cas des Toys Spaniels anglais est plus compliqué que celui des Epagneuls Continentaux. Il semble y avoir sans cesse, dans les sources anciennes, une confusion entre de petits Spaniels susceptibles de chasser, et qui sont en fait les ancêtres des Cockers, et les Carpet Spaniels, uniquement voués à la vie de salon. Ainsi, pour nombre d'auteurs, l'évolution vers ce dernier type, relativement tardive, ne se serait réellement précisée qu'au XIXe siècle. Cependant, on ne peut passer sous silence les diverses circonstances qui marquèrent l'histoire des petits Spaniels, depuis l'époque des Stuarts, ainsi que les croisements qui ne manquèrent pas de se produire. Bien sûr, l'hypothèse d'un apport d'Epagneuls Continentaux exclusivement de compagnie et de fort petite taille n'est corroborée par aucun document, jusqu'à présent, mais peut-on reprocher aux cynologues anglais qui se sont préoccupés de brosser l'historique des King Charles de ne pas avoir exploré cette voie?

En revanche, s'il est un croisement qui ne doit rien aux supputations, c'est celui effectué avec des Epagneuls asiatiques, et ce, non pas au siècle dernier ; qui est encore loin ; mais au moment même où les petits Spaniels furent nommés « King Charles ». En outre, aussi curieux que cela puisse paraître, ces chiens arrivèrent via le Portugal. Pourtant, lorsqu'on sait que Charles II avait épousé une princesse d'origine portugaise, Catherine de Bragance, il n'y a pas lieu de s'étonner de l'arrivée sur le sol d'Angleterre d'un couple d'Epagneuls Japonais, offert par un missionnaire portugais : le Portugal avait alors des bases dans l'empire du Soleil-Levant, dans le souci tant d'évangéliser les Japonais que de commercer avec eux (par exemple, acquérir des soieries et de la porcelaine).

Ces Epagneuls, que l'on connaît aujourd'hui sous l'appellation de Chins ou de Tchins, étaient très petits, avaient un front haut et un nez court, et ils ne possédaient pas encore la face camuse qui est la leur actuellement. Par conséquent, ce n'est pas à cette période qu'il faut placer l'apparition d'un museau très court chez le King Charles, lequel, malgré la position due à son nom, allait parcourir encore un chemin rempli de mystères et de détours.

Les Epagneuls de Catherine de Bragance n'ont pas constitué l'unique infusion extrême orientale à la race anglaise. On sait, par exemple, que le duc de Marlborough, connu pour avoir sélectionné les petits Spaniels Blenheim, a croisé ses Epagneuls de chasse roux et blanc avec un Epagneul asiatique, dont on ne peut dire s'il venait de Chine, du Japon ou d'un autre pays. James Scott précise, d'ailleurs, que le duc possédait deux lignées distinctes de Spaniels : les chiens de la première étaient de petite taille mais aptes à la chasse, alors que ceux de la seconde, plus petits, étaient exclusivement chiens de salon. De tels croisements avec des Épagneuls orientaux furent certainement pratiqués plus d'une fois, même si l'on est moins renseigné à leur sujet, car, en Grande-Bretagne, les rois, les ducs et autres membres de la haute noblesse ne dédaignaient pas de s'occuper eux-mêmes d'élevage canin (ce qui était impensable chez leurs homologues français, sauf peut-être pour les chiens courants). L'aristocratie anglaise est toujours restée très attachée à ses domaines et aux choses de la terre, se montrant nettement moins attirée par les brillantes lumières de la cour et de la ville.

Mais voici maintenant 1688, l'année où le dernier des rois Stuarts, Jacques II, au bout de trois ans de règne, dut émigrer en France et laisser la place à son gendre Guillaume III d'Orange-Nassau, stathouder des Provinces-Unies. C'est à ce moment précis que certains placent la disgrâce du King Charles. Mais n'est-ce pas aller un peu vite? Oublier que les Stuarts n'avaient pas l'exclusivité de ce genre de chiens, apprécié de toute la noblesse? Les ducs de Norfolk, notamment, se sont signalés par leur prédilection pour les Toys Spaniels, dont ils ont créé une lignée à robe noir et feu. Quant au duc de Marlborough, déjà cité, ce n'est pas d'être un partisan convaincu de Guillaume d'Orange contre Jacques II qui l'empêcha de priser particulièrement ses Spaniels.

Guillaume III, lui, est réputé avoir eu, comme son arrière-grand-père Guillaume le Taciturne, des Carlins pour compagnons favoris, et il aurait ainsi introduit cette race en Grande-Bretagne. On peut penser, de toute évidence, que le King Charles fut alors croisé avec le Carlin.

Cependant, les Néerlandais, qui doivent bien connaître cet épisode de leur histoire, disent que les chiens favoris de Guillaume étaient plutôt de petits Epagneuls spécialistes de la chasse au canard, les Kooikerhondjes. Alors? Certes, il est sûr que le Carlin est déjà connu au XVIIIe siècle, l'autoportrait fameux de William Hogarth (1697 - 1764) en compagnie de son Carlin en témoigne, mais il est aussi indubitable que la vogue du Carlin en Angleterre ne date pas de cette époque et que ce chien aussi original que charmant devra encore attendre un siècle pour s'imposer ; ce qui n'exclut pas des croisements antérieurs entre Carlins et King Charles, au contraire. Ce n'est qu'en 1870 que Hugh Dalziel pourra s'écrier: « Le Pug (le nom du Carlin en anglais) est en surnombre dans ce pays, on le voit grouiller partout. » Cette race fait essentiellement partie de l'univers victorien.

Il faudrait donc situer le déclin du King Charles au début du XIXe siècle, ce qui le rend d’ailleurs contemporain du sort analogue échu aux Epagneuls Nains, sur le Continent. Après plusieurs siècles de règne sans partage, ces Spaniels et Epagneuls, les premiers vrais chiens de compagnie créés en Europe, doivent faire place aux nouveaux venus, Caniches, Carlin, bien entendu, et bientôt les cousins à poil long de ce dernier (Tchin, Pékinois), car le Carlin est d'origine chinoise. A propos du Pékinois, on peut remarquer que Hogarth a représenté, dans Le Mariage à la mode, un chien qui lui ressemble beaucoup, ce qui prouve l'ancienneté de l'introduction de cette race en Angleterre, même si elle ne commence vraiment à se répandre que dans les dernières années du XIXe siècle.

Disparaître ou changer de « look », telle est l'alternative qui se présente au King Charles, car être à la mode, pour les petits chiens, au moment où la cynophilie voit le jour, c'est prendre le Carlin pour modèle, tout au moins en ce qui concerne les proportions de la tête. Jusqu'alors, tous les chiens avaient un museau bien distinct, plus ou moins long ou pointu. Voici qu'arrivent de Chine ou du Japon des spécimens canins dont le museau est si court que leur truffe semble comme un nez au milieu du « visage »; leur tête ronde, large et camuse leur donne un front, leurs grands yeux ne sont plus placés latéralement mais regardent bien de face. Bref, ils ont presque figure humaine. Une aubaine pour des chiens destinés à être dorlotés, chéris, bichonnés à l'instar de petits enfants.

Le King Charles, qui a déjà un museau court et non pointu, s'adapte donc. Il se transforme, même, en une trentaine d'années. En 1845, le peintre favori de la reine Victoria, sir Edwin Landseer, montre deux King Charles dans son tableau intitulé Les Favoris du prince, qu'il place auprès d'un vaste chapeau à plume, ce qui est autant une référence à l'époque de leur grand succès qu'une indication sur leur taille (fort modeste) ; et, point important, il les représente avec un stop marqué, un front haut, mais du museau. Et, en 1859, le journal The Field décrit des King harles en précisant : « Ils ont un museau fin mais court, de forme élégante », ou encore : « Leur nez est très délicat, leur voix des plus musicales, mais ils sont vite fatigués. Ils valent mieux que leur sort de chien de manchon. » En 1879, enfin, Stonehenge déplore leur métamorphose : « La brièveté de leur museau n'a rien à voir avec l'ancien standard, lorsqu'elle a été amenée au point où elle triomphe actuellement. » Que s'était-il donc passé durant ce laps de temps?

La réponse se trouve dans les écrits de Rawdon Lee, en 1893 : le King Charles avait quitté les salons de la « high society » pour s'établir dans les quartiers populaires de Londres, où, par sélection, les éleveurs étaient arrivés à produire des chiens au stop profond (on doit pouvoir y loger une bille), à la tête en dôme prononcé, au museau réduit à sa plus simple expression. L'un d'eux appelait même ses sujets les « sans nez. » Les documents de l'époque attestent d'ailleurs que ces caractéristiques avaient parfois été poussées exagérément, car, à côté de spécimens qui, selon une spécialiste française, Mme Françoise Guérin, sont à peu près identiques à ceux d'aujourd'hui, ils en montrent d'autres dont le crâne est deux fois plus « dôrné » que ce qui est requis maintenant.

Si Lee exclut le croisement avec le Carlin et le Pékinois, tout comme Davidson, d'autres auteurs, plus nombreux il est vrai, affirment le contraire, et force est de reconnaître que, pour bien des races ; et le King Charles est de celles-là ; il est pratiquement impossible de savoir exactement ce qui se tramait dans les arrière-cours des éleveurs, gens assez loquaces lorsqu'il s'agissait de mettre en valeur leurs résultats mais plutôt discrets quant à la façon d'y arriver.

Le Club du King Charles est fondé en 1882, mais il faut attendre encore dix ans pour que le Kennel Club enregistre la race, ou plutôt les races, car on sépare alors les Toys Spaniels selon leurs couleurs (en 1923, ils seront regroupés en quatre variétés d'une seule race, le King Charles Spaniel). A côté du King Charles proprement dit, noir et feu, il y a le Blenheim, roux et blanc, ainsi que deux « nouveaux », le Prince Charles (parfois nommé « Princess Elizabeth » dans certains ouvrages anciens), tricolore, et le Ruby, entièrement fauve rouge (châtain).

Plus encore que celles de grande taille, les races d'agrément ont eu à subir les aléas de la mode. Le Carlin devenant décidément trop commun, on lui préfère bientôt le somptueux Pékinois; puis, un peu avant la Grande Guerre, on délaisse quelque peu le caractère léonin et fier de ce dernier pour le tempérament pétillant des Terriers, en particulier ceux à poil dur, auxquels le toilettage donne une silhouette carrée et nette, fort originale. Enfin s'avancent tous les autres, Loulou de Poméranie, Teckel. Parmi cette cohorte chaque année plus nombreuse, le noble et très ancien King Charles a de plus en plus de mal à garder une place en vue.

C'est alors que, soudain, un Américain a l'idée de retrouver le King Charles tel qu'il se présentait au temps de Charles II ; initiative qui, pour intéressante qu'elle soit, va pousser un peu plus dans l'ombre celui qui, à travers cette longue suite d'épisodes et malgré une fortune changeante, est parvenu à l'époque des années vingt. En effet, une race émerge alors du passé pour prendre son élan, une race nouvelle, dont le Club spécial n'est fondé qu'en 1928 et que le Kennel Club ne commence à enregistrer qu'en 1944, mais à la fois ancienne, puisque sa « recréation » se fonde sur des représentations du XVIIe siècle: aussi, pour la dénommer, on choisit d'adjoindre simplement le vocable de « Cavalier », en lui conservant celui de « King Charles ».

De fait, le King Charles se dirige doucement vers l'extinction pure et simple, après que la Seconde Guerre mondiale a décimé les derniers élevages, lorsque, heureusement, cette menace de disparition encourage quelques passionnés à le sauver (dans le même temps, le Cavalier, lui, connaît une irrésistible ascension, grâce notamment à une caution royale, en l'occurrence celle de la princesse Margaret). Le King Charles va donc remonter tout doucement la pente, et c'est ainsi que, de nouveau, cet élément essentiel du patrimoine canin britannique figure en nombre dans les expositions : 20 sujets sont présents à Cruft en 1972, 169 à l'United Toy Dog Show en 1983, d'après des précisions fournies par Mme Guérin.

Pendant plusieurs siècles, le King Charles a donc dû se débrouiller sans parrainage royal, alors que les souverains d'Angleterre et leur famille, au premier rang desquels la reine Victoria, ont su accorder leur bienveillante attention à un nombre impressionnant de races, ce qui n'a pas manqué d'avoir des effets sur le public britannique. Curieux et complexe destin pour un chien au tempérament si transparent et agréable! Il faut bien que le King Charles ait été doté de solides qualités pour arriver jusqu'à nous. Voici, par exemple, le portrait qu'on en a fait, il y a un siècle, alors qu'il traversait une de ses périodes difficiles: « Intelligents, essentiellement aimants, extrêmement doux, gais, modestes, obéissants mais conservant leur libre arbitre et leur personnalité, n'opposant que la force d'inertie aux choses qui ne sont pas de leur goût, propres, élégants, avec des façons d'aristocrates, discrets, ne sollicitant jamais. » Aucun terme n'est à changer, dans ces propos élogieux et cependant si exacts.

D'humeur toujours égale, sachant se tenir dans n'importe quel endroit sans importuner, s'adaptant à tout ; appartement citadin, pavillon disposant d'un jardin, promenades dans la campagne ou dans les bois, voyages en voiture, hôtel, restaurant ; ce chien propre, peu aboyeur, civilisé en toutes circonstances, sait ne pas se faire remarquer. Et en même temps, quelle allure remarquable. A sa silhouette élégante, avec son manteau soyeux aux franges abondantes, à son extrême raffinement, le King Charles allie une incontestable robustesse: ce n'est pas une miniature bien qu'il ne soit pas très encombrant.

Est-il un chien pour initiés, ce que pourraient laisser croire ses relativement faibles effectifs dans son pays d'origine et sa rareté, même, en France? Cela n'est pas si sûr ! A bien y réfléchir, il faut parfois être un bon connaisseur pour choisir un chien dont la race est en vogue et qui est l'objet d'une forte demande. Etre introduit dans le milieu cynophile, avoir un œil averti ne sont pas inutiles à qui veut discerner le sujet d'élite, ou tout au moins un spécimen bien typé. Dans le cas du King Charles, le candidat acquéreur se trouve en face de passionnés, d'enthousiastes tout dévoués à la race, souvent de longue date, et dont l'élevage, modeste du point de vue quantitatif, est axé sur la qualité. Ainsi, le néophyte peut s'adresser en toute confiance à un de ces amateurs au sens noble du terme, qui lui fournira de bons conseils, s'inquiétera de la croissance de « l'élève », l'incitera à faire confirmer, à fréquenter les expositions canines.

Si le possesseur d'un chien « dans le vent » peut en tirer une fierté légitime, l'heureux maître d'un King Charles n'aura pas de moindres satisfactions lorsqu'il renseignera les passants curieux de savoir quelle est la race de ce chien hors du commun. Que le King Charles participe à sa propre promotion doit d'ailleurs constituer le principal défaut de ce chien, tout au moins pour les snobs. Mais le King Charles n'est pas un snob, sans affectation, il est le « King », tout simplement, et son surnom est « Charlie ».

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